L’histoire :

L’histoire d’un garçon, Rafik, qui démarre très mal son arrivée au monde et qui poursuit son existence entre racisme, exclusion et psychiatrie. De quoi devenir Dingue ! (one man show à sketches)

Extrait :

LES MAITRES DU MONDE

Madame le juge, Monsieur l’inspecteur, Chers confrères, chères consœurs, j’ai demandé cette réunion pour vous parler du cas Benzidine Rafik, c’est un enfant de cinq ans qui a neuf sœurs et quatre frères, le dernier étant né en début de semaine. C’est une famille qui dérive sous des revenus précaires  dans un conflit de carences économiques. Le père est une sorte de saltimbanque, d’artiste hippi qui a souvent été surpris à cultiver du canabis dans la baignoire de la salle de bain. Une sorte d’intermittent du spectacle, ça résume pas mal le personnage! Et la mère de ce jeune garçon est une femme harassée par les accouchements, les césariennes et les grossesses nerveuses... Il faut savoir qu’en ce moment elle allaite quatre enfants en même temps, avec seulement deux seins... oui, je dis bien deux seins pour quatre enfants, n’est ce pas extraordinaire. Les enfants se partage la béquée à tour de rôle, selon un rite immuable de trois gorgées toutes les une minute trente. Comment voulez vous que le petit Rafik trouve une place, entre les seins? Il ne peut pas se situer, ni trouver de repère stable dans cet appartement au trente deuxième étage de la tour insalubre d’une cité dégradée, où le taux de natalité et égale aux taux de maltraitance portés sur ces femmes pondeuses. C’est un enfant carencé qui de plus a un retard staturo pondéral d’au moins deux mois... Il a une dysmorphie faciale, parce qu’il est tombé du balcon à deux ans, en jouant à la balançoire avec son oncle. C’est la voisine du dixième étage qui l’avait récupéré, dans sa chute, en étendant son linge... Mais la vitesse de la chute lui a déformé le visage, et il s’est écrasé sur un drap qui porte encore aujourd’hui la marque de son visage. (il tend un bout de drap, marqué, comme le saint suaire, du visage de l’enfant).  Nous sommes éducateurs et nous ne pouvons pas accepter qu’un enfant marque ainsi un bout de drap. Depuis sa chute, il rampe et il parle sur le côté, comme ça (il l’imite) De plus il ne dit que cinq mots: “ne”, “lâche”, “pas” “corde” et “tonton”. Nous espérons que cet handicap s’atténuera avec le temps, mais les spécialistes sont pessimistes... Nous sommes éducateurs, nous devons faire quelque chose. Il faut retirer cet enfant de ce climat néfaste dans lequel il évolue sans aucun apport pédagogique. Je propose que nous retirions à cette famille les allocations familiales, les allocations logements, les allocations jeunes enfants, les allocations d’aide aux personnes ayant plus de quatre étages à monter, les allocations risque de chute d’enfants, les allocations enfant handicapé  afin de leur montrer combien coûte un enfant à la société... Nous sommes éducateur et nous nous devons de leur apprendre à toucher la réalité. Je vous rappelle que tous les enfants dorment dans la même pièce et que le dernier né dort dans le lavabo de la salle de bain... Oui, confrères, consœurs, dans un vulgaire lavabo humide et fêlé, condamné, depuis, bien sur. Est ce un acte pédagogique et sanitaire pour un nourrisson atteint d’une glossite, qui est je vous le rappelle une inflammation de la langue. Il faut voir ce pauvre enfant moulé au lavabo.  Sa langue est en train d’envahir petit à petit son visage. Nous devons réagir avant qu’elle ne s’attaque au siphon! J’en appelle à vos hautes instances juridiques et administratives pour proposer à cette famille une solution d’urgence pour éradiquer cette précaire précarité.  Le père de famille a fuit le foyer. Il vit à présent chez la voisine ivrogne et en situation irrégulière. Mme Benzidine doit faire face aux aléas de sa vie et nourrir ses 14 enfants et ses six Pitt Bulls, dont l’un a tenté de dévorer la voisine pour venger sa maîtresse. C’est le père qui s’est plaint, il vient tous les deux jours dans mon bureau pour que je fasse quelque chose pour lui. Aujourd’hui il me menace avec ses cousins, si je ne fais pas quelque chose pour qu’il réintègre le foyer. Je propose que nous fassions piquer les six chiens, et les enfants aussi... de toute façon, au rythme où ça va, et suivant les statistiques que j’ai fais au bureau d’aide sociale, si chaque enfant fait, quinze enfants et adopte six chiens, nous obtiendront dans moins de vingt ans, et rien que pour la famille Benzidine deux cent vingt cinq enfants et quatre vingt dix chiens...

(Protégé auprés de SACD)

Interprété par Hamden Djamaa

Mis en scène par Vava Montéo

Texte intégral disponible sur demande
DINGUE, MON CAS M'ISOLE

Création en Mars 2000 au théâtre Marélios (La Valette du Var – 83)